"Hypnose et séduction" par Antoine GARNIER
Parmi tous les conseils usuellement donnés aux personnes qui se préparent à un entretien d’embauche, on compte la clarté et la distinction du langage, et des indications sur ce qui doit être dit. Et on compte également beaucoup de conseils sur la façon de le dire, et aussi sur la voix, le regard, l’attitude, la tenue vestimentaire, la gestuelle, etc… Autant d’éléments qui appartiennent à l’apparence, à la forme, à l’ « emballage » et qui sont présentés comme des éléments qui ont une influence importante sur la décision des employeurs.
Il en va de même pour un étudiant qui passe un examen oral. Même si on peut aisément imaginer que le contenu seul de ce qu’il présente est important, il semble évident que la forme, la présentation, la diction, l’attitude, et les autres paramètres apparents peuvent valoriser de façon décisive son exposé.
Or, il s’agit là de la distinction entre la partie verbale de la communication, c’est-à-dire le contenu de ce qui est communiqué, et la partie non verbale, ou formelle qui est la façon dont ce contenu est communiqué. Il y autant voire plus, et peut-être même beaucoup plus d’informations contenues dans le message non verbal que dans le sens des mots. Et il est très important de soigner la forme qui constitue encore plus qu’un simple écrin pour le contenu du message, et représente toute une communication parallèle, tout un message en soi.
La plupart du temps, nous ne prêtons guère attention qu’à une partie infime de la communication verbale. Tout juste remarquons-nous quand la voix est rapide ou lente, stable ou tremblante, quand la gestuelle est ample, quand le visage rougit excessivement, et une série restreinte d’expressions faciales.
Et pourtant, il semble que nos sens enregistrent des détails formels sur nos interlocuteurs aussi infimes que le rythme du clignement des paupières, la dilation des pupilles, divers micromouvements, le rythme cardiaque, la moindre inflexion de la voix, le rythme de la respiration, etc… Or, la plupart de ces indices demeurent à niveau inconscient.
Prendre conscience d’un maximum d’informations que l’on communique aux sens de notre interlocuteur, c’est parfaire notre communication à un niveau non verbal pour exprimer encore plus efficacement et plus évidemment notre intention.
Voilà le secret des communicateurs efficaces : leur communication corporelle, même à peine perceptible est aussi soignée et maîtrisée que les idées qu’ils expriment. Ainsi, tout en eux convainc. De plus, ils sont généralement de très fins observateurs de la communication non verbale de leurs interlocuteurs.
En outre, il est intéressant de remarquer que l’application à convaincre son interlocuteur est souvent très efficacement servie par un message non verbal et inconscient qui va, lui, s’appliquer à plaire à cette même personne. De même que nous sommes plus facilement disposés à être convaincu par une personne qui nous plaît, nous sommes plus convaincants quand tout dans notre apparence, dans notre communication formelle travaille à nous faire plaire de l’autre. Cette modalité particulière de la communication est nommée « séduction ».
L’étudiant doit plaire à son examinateur pour tenter d’influencer au mieux son jugement. Le demandeur d’emploi doit lui aussi séduire son employeur. Un vendeur doit séduire son client pour mieux le convaincre des qualités de son produit. Le politicien doit séduire son électorat. Le conférencier séduit son auditoire. L’acteur séduit le spectateur.
La femme séduit l’homme. L’homme séduit la femme. Et femmes et hommes se séduisent entre eux et mutuellement.
La séduction est une communication qui va bien au-delà de la simple préoccupation de trouver un partenaire sexuel, même s’il s’agit d’un contexte de séduction dont l’importance n’est pas négligeable.
Or, la séduction sexuelle, chez l’humain, ne se contente pas du langage du corps comme parade nuptiale : elle passe souvent par une séduction verbale. Cependant, dans de nombreux cas, l’information communiquée n’est que prétexte pour charmer à un autre niveau, celui de la communication non verbale.
Une des caractéristiques principales de la communication efficace de Milton Erickson consistait pour celui-ci à penser sa communication avant tout comme un échange d’informations entre son inconscient et celui de son interlocuteur. Il était donc plus volontiers attentif aux changements physiologiques les plus minimes de la personne qu’à ce dont il parlait manifestement. Erickson répondait et interrogeait le corps de l’autre en maîtrisant sa propre communication non-verbale. Tout cela sans que la personne n’en prenne conscience, tout occupée qu’elle est à concentrer son attention sur ce qui est dit, et non pas sur ce qui se passe réellement.
Ainsi, Erickson établissait très souvent le contact en modifiant sa respiration. Si, inconsciemment le corps de la personne en face lui répondait en adaptant sa propre respiration, alors, une première connexion était établie. Et ainsi, en influençant toutes sortes de paramètres de sa propre attitude, de sa propre apparence, de sa voix, de son regard, etc… il provoquait des réactions automatiques qui lui permettaient de savoir quand son interlocuteur était réceptif à ses suggestions.
Voilà comment Erickson a changée la relation hypnotique classique, construite principalement sur le concept de fascination, en une relation subtile et compréhensive, centrée sur une attitude de séduction.
Le thérapeute, comme le pédagogue, est plus que quiconque celui qui doit s’assurer que la personne qui reçoit ses conseils, ses suggestions, est disposée à tous les niveaux à les accepter. S’il n’établit pas un rapport de confiance conforme au message qu’il désire transmettre, alors il risque d’être confronté à une résistance plus forte. Si le thérapeute ne plait pas à son client (à un niveau inconscient surtout), le client a peu de chance de suivre ses indications thérapeutiques. Si une suggestion est séduisante, elle prend une efficacité largement supérieure.
C’est en cela qu’une bonne partie de l’apprentissage de l’hypnose ericksonienne consiste à apprendre à « séduire ». Même si les techniques ne sont pas en général présentée sous ce termes, synchronisation, style indirect, double contrainte, et attitude juste sont quelques uns des outils qui permettent au praticien de créer une relation dans laquelle, la personne accepte de recevoir les suggestions qui vont l’aider à se porter mieux.
Il est bien entendu que le type de séduction induit dans la relation thérapeutique ne cherche pas d’autre efficacité que la thérapie du patient. Il s’agit donc d’une séduction saine et nécessaire.
Or, les techniques de séduction au sens large développées de façon intelligente et précises par Milton Erickson et ses successeurs, peuvent être aussi bien appliquées à d’autre domaine dans lesquels une communication séductive rentre en jeu.
C’est ainsi que la Programmtion Neuro-Linguistique (PNL), forme d’hypnose structuraliste développée en grande partie par la modélisation du langage d’Erickson s’est très rapidement diffusée auprès des commerciaux, des publicitaires, des politiciens, et de toutes les personnes désireuses d’affiner leurs talents de séducteurs.
Même si la plupart des formations complètes à l’hypnose ericksonienne enseignent entre autres de façon intuitive et pratique les outils de la PNL, l’hypnose offre encore bien d’autres possibilités pour comprendre et améliorer sa communication et la rendre plus efficace.
Ainsi, même dans le domaine de la séduction au sens restreint et ordinaire du terme, de nombreuses solutions sont offertes par l’hypnose ericksonienne. Parvenir avec aisance et habileté à plaire à une personne dont on aimerait qu’elle nous acceptât dans une relation plus intime, est une problématique à laquelle la plupart des personnes sont confrontées à un moment de leur vie de façon plus ou moins évidente.
La séduction sexuelle, par exemple, dans tout ce qu’elle réveille parfois d’incertitudes et de maladresse, s’avère souvent être un nœud important des problèmes de communication aussi bien des jeunes adultes que des personnes plus mures.
Or, si l’école nous apprends à communiquer correctement de manière verbale, à dire et à écrire ce qu’on veut raconter, elle laisse à l’expérience personnelle et l’observation naturelle la tâche de nous apprendre à communiquer avec son corps.
Cependant, l’autodidactisme ne profitant pas à tout le monde, bon nombre de personnes rougissent intempestivement en communiquant, ne réfrènent quelques tremblements, une sudation mal à propos, une voix peu assurée, une respiration haute et coupée, un cœur qui s’emballe à la moindre émotion, voire des « tics ». Autant d’informations que le corps diffuse malgré la volonté, qui portent un message souvent contraire à ce qui est judicieux et adéquat pour établir une séduction appropriée.
On pourrait alors se demander les raisons, les causes, les justifications d’un tel manque de maîtrise de soi. Or, cela reviendrait à se demander pourquoi quelqu’un ne peut pas parler dans une langue qui lui est étrangère. La réponse principale est sûrement : parce qu’il ne l’a pas apprise. Et se demander pourquoi il ne l’a pas apprise ne résoudra pas la lacune. La solution s’impose : apprendre.
Par conséquent, il est possible d’apprendre à séduire. Et parmi toutes les écoles qui le propose, l’hypnose éricksonienne en est une qui offre une connaissance et une maîtrise de la communication non verbale telle qu’une séduction peut être instaurée de façon appropriée dans n’importe quel contexte.
Il ne s’agira pas alors d’ « hypnotiser » la personne en face de nous pour la soumettre à notre volonté, comme l’imaginaire collectif le représente souvent, mais simplement de communiquer sur plusieurs niveaux afin de présenter le message de la meilleure manière. Cela n’oblige en aucun cas l’interlocuteur à accepter ce qui est suggéré, mais contribue à rendre le contenu suggestif de la communication beaucoup plus crédible.
De plus il est de la responsabilité de chacun d’apprendre à percevoir la communication non verbale, volontaire ou non des autres afin de comprendre ce qui plait réellement dans cette communication et de pouvoir décider librement de répondre ou non à une séduction. Il est de la responsabilité de chacun de se rendre libre, et autonome par rapport à la manipulation non verbale que constitue la séduction.
En elle-même, la manipulation est neutre, elle n’est qu’une maîtrise plus intelligente et performante de la communication. Libre a chacun de communiquer de façon respectueuse et éthique. Et une bonne connaissance de cet art permet aussi de s’en prémunir et percevoir consciemment les messages que l’autre tente d’adresser à notre inconscient.
Antoine GARNIER